Laurence des Cars, présidente du musée du Louvre, lors d'une audition devant la commission de la culture du Sénat à Paris, le 17 décembre 2025 ( AFP / GEOFFROY VAN DER HASSELT )
La présidente du Louvre jette l'éponge: sur la sellette depuis le cambriolage du 19 octobre, Laurence des Cars a démissionné mardi de la tête du musée le plus visité au monde qui a besoin, selon Emmanuel Macron, d'une "nouvelle impulsion".
Sous le feu des critiques depuis le spectaculaire vol de joyaux de la Couronne française, Mme des Cars, 59 ans, a remis sa démission au chef de l'État qui l'avait nommée fin 2021. Le président l'a acceptée en saluant un "acte de responsabilité", indique un communiqué de l'Élysée, sans préciser le nom de son successeur.
"Le plus grand musée du monde a besoin d'apaisement et d'une nouvelle impulsion forte pour mener à bien des grands chantiers de sécurisation, de modernisation et le projet +Louvre – Nouvelle Renaissance+", vaste projet annoncé par Emmanuel Macron début 2025, poursuit le communiqué.
Ancienne présidente du musée d'Orsay, Mme des Cars, dont le mandat courait jusqu'à fin 2026, était plombée par le cambriolage du Louvre qui a soulevé une onde de choc mondiale et mis au jour d'importantes failles de sécurité du musée, qui accueille chaque année quelque 9 millions de visiteurs.
Le butin, dont s'est emparé le commando de cambrioleurs en plein jour, est estimé à 88 millions d'euros.
Déstabilisée par le cambriolage, Laurence des Cars avait été ensuite fragilisée par la mise au jour d'anciens audits alarmants sur la sécurisation du Louvre, dont elle ignorait l'existence, et la révélation de dysfonctionnements internes dans un climat social très dégradé.
"Je suis sereine et fière du travail accompli", a-t-elle réagi dans un entretien au Figaro mis en ligne après sa démission. "Mais tenir la barre ne suffit pas. Il faut aussi pouvoir avancer. Et les conditions pour avancer ne sont plus réunies", a ajouté la dirigeante qui rappelle avoir alerté les pouvoirs publics sur le sous-équipement du musée.
"Cette lucidité a pu être parfois douloureuse mais elle était indispensable (...). J'en paye peut-être le prix aujourd'hui", ajoute-t-elle, assumant avoir été "là pour prendre la foudre".
Mme des Cars a martelé le même credo dans un message aux quelque 2.300 agents du Louvre. "Par une ironie cruelle, le vol du 19 octobre 2025 a donné un écho sans précédent à une vérité que je n'ai cessé de rappeler depuis ma prise de fonctions : le Louvre a beau être le plus grand musée du monde (...) il n'en est pas moins fragile", indique-t-elle dans ce message publié sur le site du Louvre.
- Failles -
La ministre de la Culture Rachida Dati, le 5 février 2026 à Paris ( AFP / Thomas SAMSON )
Au lendemain du braquage, cette conservatrice expérimentée avait remis sa démission à la ministre de la Culture Rachida Dati qui l'avait refusée et avait ordonné une enquête administrative aux conclusions alarmantes sur la "sous-estimation chronique" des risques de vol.
Dans un autre rapport accablant publié début novembre, la Cour des comptes avait reproché au Louvre d'avoir "privilégié des opérations visibles et attractives" au détriment de la sécurité.
Sous pression, Mme des Cars avait été contrainte de concéder des failles. "Malgré nos efforts, malgré notre travail acharné au quotidien, nous avons été mis en échec", déclarait-elle fin octobre.
Plusieurs mesures d'urgence ont été prises, dont le remplacement de la grille empruntée par les cambrioleurs, et Mme des Cars tentait de se projeter sur le très contesté projet "Louvre - Nouvelle Renaissance", qui prévoit notamment la construction d'une nouvelle salle pour la Joconde.
Son message a toutefois été affaibli par une avalanche de revers qui ont frappé le Louvre depuis le cambriolage, dont la fermeture d'une galerie en raison de la fragilité de l'édifice.
Des touristes près des barrières bloquant l'accès à la pyramide du Louvre, conçue par l'architecte sino-américain Ieoh Ming Pei, et au musée du Louvre, le 12 janvier 2026 à Paris ( AFP / Martin LELIEVRE )
En interne, son action était également décriée par les personnels engagés depuis mi-décembre dans le plus long conflit social de l'histoire du musée.
Son départ marque un "nouveau chapitre", a estimé le ministère de la Culture dans un communiqué, estimant que la prochaine présidence "aura à mettre en œuvre le chantier de réorganisation" lancé par Mme Dati, elle-même en partance du gouvernement.
"Les nombreuses défaillances dans le pilotage de l'établissement appellent à une reprise en main forte", a réagi auprès de l'AFP Alexandre Portier, président de la commission d'enquête sur la sécurité des musées qui devait entendre Mme des Cars mercredi après-midi. L'audition a été repoussée à la demande de Mme des Cars, a-t-il précisé.

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